| Jean-Philippe Velghe-Michaux | Architecture «montagnarde» : DE LA SAVOIE À LA SIBÉRIE Quelle est la démarche qui vous a conduit à la modélisation 3D ?
Durant mes études, les cours d’informatique étaient loin d’être inscrits au programme. En cas de besoin, nous allions au ministère de l’Écologie, près du Panthéon. L’ordinateur, soit l’« unité centrale », occupait une pièce à lui seul. Une autre époque…
En fait, j’ai toujours été amoureux du trait et avec la CAO, sa qualité, comme celle du rendu global d’ailleurs, sont inégalables. N’ayant pas le temps moi-même d’apprendre à manier parfaitement l’outil informatique, j’ai décidé d’investir à partir du moment où j’ai trouvé le bon collaborateur qui allait être capable de modéliser mes conceptions. Il y a une quinzaine d’années, j’ai embauché une assistante qui sortait d’un bureau d’ingénieurs et avait été formée à la CAO. Ensuite, il ne me restait plus qu’à me renseigner sur les différents logiciels disponibles sur le marché. Le choix d’ArchiCAD, à ce moment-là en version 6 ou 7, s’est imposé très rapidement grâce à un éclairage commercial mais aussi technique fort avisé.

Que vous apporte ArchiCAD ?
Pour les projets complexes, la modélisation 3D est tout simplement indispensable. Après une conception en quelques traits de dessin à la main, nous rentrons très vite en informatique et, dès lors, nous n’hésitons plus à nous remettre en question et à changer, modifier, bref, à optimiser.
Au niveau du trait, terriblement important pour moi comme je vous l’ai déjà précisé, la sortie informatique est parfaite, belle, précise, sans bavures !!!
À l’autre bout de la chaîne, j’apprécie également la praticité de la conservation de documents numériques, évitant des stocks d’archives encombrantes.
Et pour la communication avec vos clients ?
Nous travaillons dans des domaines variés : chalets, hôtels, appartements, programme d’hôtellerie en chalets, résidences, logements sociaux... avec des donneurs d’ordre n’ayant pas en général de vraie culture architecturale. Dans 95 % des cas, nos clients ne savent pas lire un plan mais ne veulent pas forcément le reconnaître. Ainsi, ils ne réagissent en général pas à ce stade puisqu’ils ne se rendent pas compte de ce que sera le bâtiment une fois construit.
C’est pourquoi je tiens absolument à ce que nos clients puissent visualiser leur bâtiment avant le début des travaux, qu’ils puissent l’étudier sous tous les angles. S’ils attendaient autre chose et souhaitent que nous fassions des modifications, c’est on ne peut plus facile à cette étape du projet.
Il n’est pas du tout recommandé d’attendre que le bâtiment soit fini...
Quelles sont les spécificités de la construction en montagne ?
Construire en montagne présente deux difficultés particulières. Tout d’abord, nous concevons toujours dans du relief et du dénivelé, par la force des choses, et la plupart du temps sur des lieux s’inscrivant dans un paysage apprécié. Cela implique un strict respect de la réglementation sur les hauteurs et une prise en compte attentive de tout ce qui se rapporte à l’insertion des bâtiments dans le site.
Ensuite, notre saison de construction se déroule entre début mai et fin novembre. Cela implique des plannings très serrés et une grande vigilance en amont sur les délais car un retard d’un mois en montagne peut devenir en fait un retard de près d’un an. L’expérience reste le meilleur moyen d’éviter bien des soucis techniques et financiers. Celui qui n’a jamais bâti en montagne le découvre souvent à ses dépens.

Comment la construction a-t-elle évoluée à Courchevel ?
Cela tient tout d’abord à l’évolution de la population fréquentant Courchevel. Encore relativement simple et familiale il y a une vingtaine d’années, la clientèle de la Station s’est peu à peu sophistiquée et l’architecture exigée a suivi bien logiquement la même tendance : des projets bien plus complexes et donc bien plus coûteux. Parallèlement, la réglementation sur les constructions en montagne est devenue beaucoup plus compliquée. Les demandes de permis de construire notamment doivent être de plus en plus précises et détaillées. La rigueur était déjà très forte auparavant, elle est totale à présent. D’où l’intérêt d’avoir des solutions logicielles en rapport avec ce qui est exigé.

Parlez-nous de votre expérience sibérienne ?
Depuis les années 1990, Courchevel est devenu un lieu de villégiature très prisé d’une clientèle russe aisée. L’un de ces résidents, dont j’avais déjà été l’architecte, aimait beaucoup la Station et voulait que je la reconstruise à l’identique ou presque en Sibérie.
Après cinq heures de vol depuis Moscou suivies de trois heures de 4 x4 sur des chemins approximatifs, nous sommes arrivés à Sheregesh : un désert blanc ponctué de deux remontées mécaniques vétustes. Il fallait beaucoup d’imagination pour voir ce que pourrait être une station de sports d’hiver capable d’accueillir des championnats du monde à cet endroit...
J’ai monté une équipe de spécialistes français avec notamment un géomètre et une société spécialisée dans l’élaboration de pistes de ski (aux normes très codifiées). Ensemble, nous avons élaboré un projet d’urbanisme découpé en petites zones.
Ensuite, nous sommes retournés sur place, cette fois au printemps, pour constater l’avancement des infrastructures. En cette saison, la Sibérie évoque davantage, par un contraste surprenant, les pays tropicaux (moustiques, serpents, …). que les Alpes.
Avec les investissements massifs que les autorités russes vont réaliser pour faire de la station de Sheregesh un complexe de sports d'hiver de classe mondiale prêt à accueillir les Jeux Olympiques d’hiver de 2014, notre projet sibérien semble un peu au point mort depuis quelques mois. Nous verrons.
En 2009, vous réalisez un important projet à Courchevel…
En effet, il s’agit de la construction de l’ensemble hôtelier le « K2 », comprenant un hôtel cinq étoiles entouré de chalets de grand standing sur le site de Courchevel 1850.
Il faut savoir que la Station de Courchevel est répartie sur cinq villages dont le lieu-dit « Courchevel 1850 » (en réalité situé entre 1760 et 1900 mètres) est le plus prestigieux. Avec son domaine somptueux aux aspects variés, les coûts immobiliers y sont les plus chers de France. La clientèle est internationale, les terrains à bâtir très rares et la demande très forte.

www.architecte-a-courchevel.fr
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